Sauver le rêve européen

Après le naufrage du projet de Constitution européenne, la France tente de relancer la réforme des institutions en promouvant l’idée d’un mini Traité. C’est certainement la bonne voie. Mais pour que cette entreprise ait un sens, nous devons comprendre pourquoi les peuples ne se sentent pas concernés par l’avenir de l’Union. A défaut, elle sera affectée de ce même déficit démocratique qui a sans cesse, pour son plus grand mal, caractérisé l’Europe.

Jusqu’à ce jour, la communauté européenne s’est développée et a été gouvernée en dehors des peuples, parfois contre eux. Nul doute que cette façon de faire a été le principal écueil à l’émergence d’une forte et réelle identité européenne. Un tel projet doit être porté par le Peuple et non pas subi par lui.

Cette remise en question est une chance unique de comprendre à quels impératifs fondamentaux nous sommes soumis, à quels choix nous sommes confrontés et vers quels objectifs nous devons tendre, à défaut nous manquerons le rendez-vous de l’histoire et le rêve européen restera qu’un mirage alors qu’il peut encore devenir une réalité enthousiasmante.

Nous devons intégrer dans notre réflexion sur l’Union le fait que nous soyons en pleine mutation civilisationnelle. En 150 ans nous sommes passés d’une civilisation agraire à une civilisation d’une nature complètement nouvelle, la civilisation scientifique.

Le nouveau projet de Traité ne doit pas, comme le précédent, continuer d’envisager la politique comme si nous étions toujours dans cette civilisation agraire aujourd’hui en voie de disparition. Une étude attentive des différences entre les caractéristiques intrinsèques de ces deux types de civilisation conduit inévitablement à conclure que la politique ne peut plus reposer sur les mêmes principes et ne peut plus poursuivre les mêmes objectifs qu’autrefois.

Les différences sont telles, entre les deux types de civilisation, que la façon de gouverner les peuples doit être entièrement repensée.

La civilisation scientifique nécessite le libre déploiement de l’intelligence humaine donc la liberté. Le principe axial sur lequel doivent reposer toutes les institutions politiques est le respect absolu de l’autonomie des personnes et de leur sphère privée.

La capacité individuelle de choisir son propre destin aux conditions de l’éthique, n’est pas un luxe de pays riches, ni une aberration de la culture occidentale, comme cherchent à le faire croire les néo-confucéens et les islamistes. C’est une nécessité absolue inhérente à cette nouvelle civilisation scientifique. Certains objecteront que la Chine se développe rapidement hors des caractéristiques d’une démocratie. La réponse à cette objection est la suivante : la Chine ne fait que rattraper un retard considérable dû à un système archaïque de gouvernement centralisé. En vérité la Chine actuelle n’invente rien, ne crée rien, elle ne participe en aucune façon au déploiement de la civilisation scientifique.

Il est certain que la gestion de l’Union au moyen d’institutions non démocratiques a contribué à l’affaiblissement de l’Europe : celle-ci n’est plus un moteur pour la civilisation scientifique, alors qu’elle recèle tous les atouts pour l’être. Afin qu’elle puisse redevenir un exemple dans le monde et qu’elle soit de nouveau capable de participer à la grande aventure de cette civilisation, elle doit se doter d’institutions qui reconnaissent sans la moindre ambiguïté la souveraineté des peuples et l’absolue liberté des individus.

10 propositions pour sauver le rêve européen et faire de l’Europe un moteur de la civilisation scientifique

Résumé

La civilisation humaine connaît des mutations profondes et les sociétés de notre temps doivent parcourir des chemins qui n’ont jamais été explorés au cours de l’histoire. Afin de se doter des moyens de gouverner avec sagesse et efficacité nous devons connaître et comprendre ce que sont les caractéristiques essentielles de cette nouvelle civilisation scientifique qui nous est aujourd’hui dévolue et sur laquelle reposent désormais nos destinées ; nous devons savoir pourquoi et comment elle nous ouvre des perspectives illimitées, et pourquoi elle nous confronte à des défis inhabituels, comme celui d’altérer nos chances mêmes de survivre sur cette planète.

La loi fondamentale que doivent se choisir les peuples européens doit être aussi simple et courte que possible. Elle doit être une règle du jeu démocratique donnant toutes les garanties que les citoyens exercent effectivement leur souveraineté en Europe. Mais la loi fondamentale ne doit en aucun cas se présenter comme un catalogue d’intentions politiques, aussi bonnes qu’elles puissent paraître à ses rédacteurs, car elle aurait pour effet de fermer le débat public et de restreindre la liberté des citoyens d’Europe à choisir leur destin. Elle ne doit pas dresser un catalogue d’intentions et de projets politiques, pas plus qu’elle ne peut décrire un programme de gouvernement, elle est nécessairement au-dessus des partis et des intérêts particuliers, puisqu’elle doit déterminer les conditions de leurs affrontements pacifiques. Par conséquent, la loi fondamentale, ne peut être ni libérale, ni sociale, elle doit laisser toutes les options ouvertes aux débats d’idées, à défaut de quoi, elle ne serait plus vraiment une loi fondamentale.

Laisser un commentaire